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Private%20Banking vom 15.12.2009 Ludovic Chappex, 7356 signes |
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| Gestion de fortune: La clientèle des pays de l'Est revient en Suisse |
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| En quête de sécurité et de stabilité face à la crise économique qui frappe leur pays, les clients, notamment russes, sont nombreux à s’orienter vers les établissements privés helvétiques. |
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«Dans les moments difficiles, on se tourne vers ce qui rassure.» Cette formule d’Arnaud Leclercq, associé de Lombard Odier Darier Hentsch, résume bien la tendance actuelle, qui consiste pour la clientèle des pays de l’Est à privilégier toujours plus les banques privées helvétiques, gage de stabilité à leurs yeux.
«En ce qui concerne les avoirs sous gestion des clients russes, par exemple, nous avons dépassé le niveau d’avant la crise. Il y a un reflux très sensible depuis le mois de septembre dernier, détaille Arnaud Leclercq. Les gens recherchent avant tout la sécurité car l’année écoulée a marqué les esprits.» Constat similaire de la part d’Ivan Adamovich, directeur de la succursale genevoise de Wegelin & Co.: «La crise a renforcé l’attrait pour la stabilité et la sécurité du conseil personnalisé. Par ailleurs, les clients russes prêtent une attention accrue à la séparation stricte entre leurs affaires et leur fortune privée.» Pour dresser un tableau de la situation, il convient d’abord de différencier les pays d’Europe centrale et les pays de l’ex-bloc soviétique. Concernant la clientèle des pays d’Europe centrale, tels que la Pologne, la République tchèque ou la Bulgarie, qui ont été très durement touchés par la crise, les banquiers suisses observent plutôt une tendance au repli sur soi: pour sécuriser leurs actifs, ces populations se tournent généralement vers leurs banques étatiques ou de grandes banques étrangères implantées dans leurs pays. Seule une toute petite minorité de gens très fortunés choisissent aujourd’hui de se délocaliser physiquement et fiscalement en Suisse, dans un souci de sécurité et de confort. S’agissant des citoyens de l’ancien bloc soviétique, la situation est très différente: l’instabilité politique actuelle et l’emprise de l’Etat inquiètent, d’où le besoin pour les gens fortunés de mettre leurs avoirs à l’abri dans un pays réputé sûr. L’économie de ces régions a également été très touchée, surtout en raison de la spéculation (immobilière et financière) et d’effets de levier beaucoup plus élevés que dans les pays d’Europe centrale. Les grandes banques locales ou anglo-saxonnes ont souvent accordé trop facilement des crédits, conduisant au final à un assèchement brutal des liquidités.
Transfert de clientèle
Dans cet environnement financier, les banques privées helvétiques peuvent jouer la carte de leur solidité et de leur bilan sain: «Pour une maison comme la nôtre, l’impact de la crise a été plutôt favorable, note à ce propos Arnaud Leclercq. Car à partir du moment où de grandes institutions financières internationales ont été fragilisées – ce qui semblait à l’époque totalement inconcevable – il s’est opéré une sorte de transfert de la clientèle vers les établissements plus rassurants, avec une volonté manifeste de se diriger vers une gestion d’actif plus personnalisée et mieux maîtrisée.» Ce phénomène est particulièrement marqué de la part de la clientèle des pays de l’ex-bloc soviétique, qui a connu des périodes de révolution ou de guerre civile au cours de son histoire. «Il y a une mémoire collective, poursuit Arnaud Leclercq. Pour ces personnes, le réflexe immédiat en période de crise consiste à rechercher la stabilité, bien davantage que pour des gens qui vivent depuis longtemps dans une démocratie. Ces clients sont aujourd’hui beaucoup plus impliqués dans la gestion de leur patrimoine et ils privilégient les placements sécurisés. De ce point de vue, le fait de ne pas être cotés en Bourse, d’avoir surmonté plusieurs crises depuis deux cents ans et de ne se consacrer qu’à un seul métier constitue un avantage indéniable à leurs yeux.» «On ressent une grande incertitude des citoyens russes par rapport à la situation actuelle dans leur pays, confirme Hansruedi Huber de l’Union Bancaire Privée (UBP). Pour eux, placer leur argent en Suisse représente un excellent choix. Il faut aussi relever que beaucoup de ces personnes entretiennent un lien étroit avec la Suisse, notamment à travers leurs enfants qui étudient souvent dans notre pays. Les contacts au niveau bancaire s’établissent donc assez naturellement.» De plus en plus de citoyens russes s’établissent en Suisse. A Genève, on en dénombre aujourd’hui plus de 5000. «Cette tendance s’observe depuis plusieurs années déjà et à notre avis elle s’applique aussi à 2009», relève Barbara Roos de la banque Wegelin, à Genève. Rien de comparable toutefois avec l’afflux continu de Russes dans la ville de Londres, qui demeure la destination privilégiée, comme le souligne Vladimir Gougkaev, secrétaire général de la Chambre de commerce Suisse-Russie: «Pour un citoyen russe, il est très compliqué de s’installer administrativement en Suisse, par rapport à la simplicité des procédures en vigueur en Angleterre. C’est pourquoi l’établissement physique de cette population reste ici plus limité.»
Afflux d’argent frais
L’année écoulée se résume en deux étapes pour les banques privées helvétiques: au plus fort de la crise, il y a un an, elles étaient souvent le dernier endroit où des liquidités étaient disponibles. Beaucoup de clients des pays de l’Est ont alors retiré leurs avoirs pour couvrir leurs dettes, entraînant une diminution momentanée des actifs. Depuis le dernier trimestre, on assiste à un retour massif des investissements de cette clientèle. Il reste toutefois difficile de chiffrer cette évolution, les établissements concernés se montrant extrêmement discrets à ce sujet. De leur point de vue, les banques privées récoltent les fruits de leur modèle d’affaires et du soutien apporté dans les moments difficiles, comme le souligne Arnaud Leclercq: «En période de crise, le réflexe naturel d’un client fortuné consiste d’abord à préserver sa fortune. Or, un certain nombre de clients ont perdu confiance envers les grandes institutions.»
Le secteur reste attractif
Du côté des grandes banques nationales, on préfère ne pas commenter ces développements. Credit Suisse n’a pas souhaité s’exprimer dans le détail, soulignant simplement l’importance stratégique des marchés de l’Est et les besoins différenciés de la clientèle privée par rapport à celle d’affaires. Egalement contactée, UBS a refusé de commenter. Au final, la place financière suisse conserve son attrait, même si, de l’avis des banquiers privés, son image a été globalement ternie en raison des déboires médiatisés d’UBS et des attaques contre le secret bancaire. Par rapport aux autres pays, le secteur demeure attractif pour les clients étrangers. «L’image liée au secret bancaire suisse a certainement souffert et nous sommes régulièrement confrontés à des questions à ce sujet, dit Ivan Adamovich. Néanmoins, la clientèle russe est très pragmatique: elle se demande s’il existe réellement de meilleures alternatives à la place financière suisse. Par ailleurs, les autres places financières sont également touchées par la pression sur le secret bancaire.» Et si les banquiers privés ne sont pas enchantés par les discussions relatives à UBS, ils admettent que cette situation à aussi profité à leurs affaires, comme le laisse entendre Ivan Adamovich: «Les personnes fortunées comprennent très vite qu’en notre qualité de société en commandite, nous appliquons un modèle d’affaires qui n’a rien d’analogue à celui d’une grande banque.»
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