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PME Magazine vom 28.07.2010
Pascal Vuistiner, 8023 signes
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Entreprises: Descartes: le patron qui épate le Valais
 
Jean-Daniel Descartes vient d’acquérir 100% des Bains d’Ovronnaz en Valais. Les secrets d’un marchand de tapis devenu pape du thermalisme.
 
Comprendre le système Descartes, c’est un peu comme vouloir percer le mystère des pyramides. On a, à chaque fois, l’impression de tout savoir, avant de se rendre compte qu’il manque toujours les mêmes pièces pour tout avoir en main.

Pourtant, en rachetant 100% des Bains d’Ovronnaz, Jean-Daniel Descartes réalise sûrement, à 69 ans, l’un de ses plus vieux rêves. Sera-ce le dernier? Rien n’est moins sûr. «J’ai toujours voulu aller de l’avant. C’est ma manière de fonctionner. Si je n’ai pas 20 problèmes à résoudre dans la journée, je m’ennuie», explique ce drôle d’entrepreneur qui, à force de travail et aussi de culot, a réussi à se créer en Valais un joli petit empire, souvent imité, toujours jalousé.
En mettant la main sur les Bains d’Ovronnaz (500 lits, 120 000 nuitées, 250 000 entrées et 22 millions de francs de chiffre d’affaires en 2009), Jean-Daniel Descartes prend pourtant un risque important. «C’est sûr, tout racheter m’a d’abord fait un peu peur. J’ai rapidement réussi à trouver suffisamment de fonds propres pour ficeler l’affaire avec la Banque Cantonale du Valais. Aujourd’hui, je suis content d’avoir pu garder le centre thermal en main valaisanne», indique le nouvel homme fort.

Succession. Des investisseurs russes et le groupe Boas, propriétaire des Bains de Saillon, étaient aussi sur les rangs, mais l’affaire ne s’est pas faite. Il assure donc avoir agi seul et ne pas être couvert de dettes. A peine 10 millions de francs de dettes pour un empire qui va du tapis aux immeubles, en passant par le centre thermal et l’hôtellerie. «De toute façon, les bonnes dettes ne m’ont jamais empêché de dormir et je dois dire qu’avec cette dernière opération, je dors très bien.»
Et la suite, comment ce touche-à-tout envisage-t-il sa succession? «Je ne veux pas m’arrêter. Je suis prêt à bosser jusqu’à 90 ans. Pour les Bains, on verra bien. Cela fait vingt et un ans que je suis là, je ne vais pas rester encore vingt autres. Quoique (il sourit!) . Il reste encore tellement de projets à mettre en place et je me sens en pleine forme. Je prends parfois avec moi mon petit-fils, Bastien. Il a l’air d’avoir envie d’apprendre, il est curieux, c’est déjà un bon signe», poursuit-il.
N’empêche, comme la plupart des patrons de sa trempe, qu’ils soient directeurs de PME ou directeurs de musée, la succession pose toujours problème. Lui ne s’en formalise pas trop, annonçant avec fierté le lancement de la construction du cinquième immeuble d’appartements de vacances pour les Bains d’Ovronnaz (90 nouveaux logements) ainsi que la création d’un wellness de 1200 m2 et d’un nouveau parking, le tout pour une trentaine de millions de francs.

Ambition. Il est bien loin le temps où l’on voyait, un peu partout en Suisse romande, Jean-Daniel Descartes, les poches trouées, déclarer à qui voulait l’entendre: «Je n’ai plus de sous, je vends tout.» Cette boutade révèle d’ailleurs plusieurs facettes d’un personnage ambitieux, qui a connu de nombreux succès et aussi quelques échecs. Né le 21 mars 1941 à Monthey, le jeune Descartes passe le plus clair de son enfance à Saxon, son fief professionnel alors qu’Ovronnaz constitue son havre de paix. Dès 14-15 ans, il effectue divers stages dans l’hôtellerie, à Gryon comme cireur de chaussures, puis à Zermatt, chez les Seiler, comme groom. «Ce fut mon université», se souvient-il. Il travaille ensuite quelques années sur le chantier de la Grande Dixence, au mess des officiers, puis s’engage comme ouvrier sur le barrage, comme la paie était meilleure.
ll se marie à 21 ans, avec Solange, rencontrée dans le magasin de meubles de son père «Meubles Jérôme Donnet-Descartes». «Ma femme m’a toujours secondé, nous avons pris beaucoup de décisions ensemble, sans elle, je n’aurais jamais pu aller si loin.» A 29 ans, plein d’ambition, il suggère à son père de s’agrandir. Ce dernier refuse, il n’aimait pas les dettes. Il se lance donc seul, contre l’avis de son père qui devient son concurrent, dans le même village, sans le sou. «On faisait du porte-à-porte avec ma femme pour vendre des aspirateurs. On n’avait même pas de local, j’avais loué un petit garage.» Ce qui ne l’empêche pas de prendre des risques comme lorsqu’il décide de faire venir un wagon de meubles qu’il aimait bien. Les gens le traitent de fou. Le vendeur lui explique que, hormis Pfister, c’est le seul en Suisse à commander par wagon. Qu’importe, lui y croit et il a raison, en moins de trois mois, il vend tout et la légende est en marche.

Culot. Le système Descartes fait de culot, de prise de risque et de rapidité se met en place. «Je suis un self-made-man. Je me suis fait tout seul. Ma grande chance fut de ne pas avoir d’argent, sinon je n’aurais jamais eu envie de me développer.» Il décide de construire, sur la route de Charrat, en pleine campagne, un nouveau magasin de meubles de 240 m2. Aujourd’hui, ce sont 18 000 m2 qui attendent les clients et, dès l’an prochain, 5000 m2 supplémentaires, pour un chiffre d’affaires de l’ordre de 16,5 millions de francs en 2009. Cette partie de son business servant ainsi de matelas de sécurité et de cash machine pour agrandir, payer ses dettes, se développer, investir sans arrêt. «Si nous avons agrandi dix fois le magasin, il y a une chose qui n’a pas changé: je demande toujours à mes vendeurs d’amener les clients au carnotzet situé sous le magasin pour partager une raclette ou boire un verre, c’est ma marque de fabrique, mon ADN.»
Du mobilier à l’immobilier, il n’y a que quelques lettres. Première promotion aux Mayens de Riddes. «J’ai vu des gens qui allaient en Italie démonter des granges pour les reconstruire, ici. Je me suis dit pourquoi pas moi?» Il part au Tyrol italien, achète deux bâtiments en bois et il vend ses deux premiers chalets aux Mayens de Riddes, puis s’attaque à des promotions à Sion. Aujourd’hui, il mène de front une quinzaine de chantiers d’immeubles dans le Valais central et ne compte plus les appartements qu’il a livrés, toujours à un bon prix et toujours avec un bon de quelques milliers de francs pour s’acheter des meubles devinez où?
Ce génie des affaires connaît cependant quelques ratés. On n’a ainsi jamais su si le slogan «Je n’ai plus de sous, je vends tout» était une plaisanterie publicitaire dont il a le secret ou le reflet de ses affaires anémiques. Il prendra aussi un bouillon dans un projet de vignes au Nouveau-Mexique aux Etats-Unis. Sa tentative de percer au Kosovo sera encore un échec «à cause d’un partenaire sur place peu scrupuleux».
Ces revers sont loin de stopper cet homme toujours en mouvement. C’est ainsi qu’il vient d’ouvrir un business de meubles au Cameroun, «dans la capitale, à côté d’Air France», précise-t-il fièrement. Et d’ajouter, visiblement encore plus fier que, désormais, pour toutes les personnes qui lui achètent pour au moins 25 000 francs de marchandises (meubles ou appartements), il leur réserve un petit cadeau. «Une semaine dans mon appartement de Dubai, avec chauffeur et majordome!»
Tout est dit sur un système complexe piloté par un drôle de patron valaisan qui n’a froid ni aux yeux ni à son porte-monnaie. Une sorte de génie, non pas des alpages, mais des affaires, de mélange entre culot et bon sens montagnard. Bref, un entrepreneur inimitable qui n’hésite pas à parler fort sur les terrasses, son iPhone littéralement scotché à l’oreille.

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L’empire Descartes en chiffres

Jean-Daniel Descartes, c’est:
- 100% des Bains d’Ovronnaz (250 000 entrées, 120 000 nuitées,
22 millions de chiffre d’affaires en 2009,
5 résidences hôtelières pour 500 lits)
- Meubles Descartes à Saxon (16,5 millions de chiffre d’affaires en 2009 pour 18 000 m2 de magasins-exposition)
- Des centaines d’appartements vendus
en Valais, dont près de
15 immeubles actuellement en construction
- Un hôtel, L’Ardévaz
à Ovronnaz, avec bientôt 11 nouvelles chambres dans la résidence de Kalbermatten juste à côté
- Un magasin de meubles au Cameroun
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