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PME Magazine vom 28.07.2010
Harry Büsser, 8149 signes
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Invest: Les charts, solution miracle?
 
Pour certains investisseurs, savoir analyser les graphiques et les courbes des cours est plus utile que de connaître l'entreprise. Et permet de s’éviter quelques frayeurs. Décryptage.
 
Les interprétations des charts divergent même parmi les professionnels. «La Bourse va bientôt corriger fortement, bien plus qu’après l’éclatement de la crise financière au milieu de 2007. Elle entraînera pour les actions des cours encore plus bas qu’au début 2009», prédit Brian Whitmer, chez Elliott Wave, un des plus importants cabinets américains de consultants spécialisés dans ce qu’on appelle «charting technic», soit l’analyse technique ou graphique ou encore chartiste. Dans le cas de l’indice suisse SMI, cela signifierait une chute des quelque 6000 points actuels à un niveau inférieur à 4200 points, soit un plongeon d’environ 30%.

Prévisions. Brian Whitmer ne prévoit pas de vraie tendance haussière des Bourses avant 2014: «Avant cette date, il y aura certes des plus hauts intermédiaires, mais fondamentalement, nous resterons dans un mouvement baissier.»
La majorité des adeptes de l’analyse technique s’entend sur le fait qu’une correction boursière interviendra au second semestre 2010. Néanmoins, la plupart la voient moins grave que Brian Whitmer. Philipp Jäggle, analyste technique auprès de la Banque Cantonale de Zurich: «D’ici à la fin 2010, le SMI pourrait se replier à 5800-5900 points, peut-être même à 5500 si les volumes de transactions à la baisse se multiplient significativement.» Et il prévoit un SMI de retour à la hausse dès 2011.
Les investisseurs peuvent faire confiance aux pronostics des chartistes. Comme le font la plupart des courtiers en Bourse professionnels en appliquant des méthodes d’analyse technique. Pour eux, c’est important, car ils s’aperçoivent de suite – par les résultats obtenus – si une méthode est fiable ou non. En fin de journée, il n’y a que des gains ou des pertes. Et apparemment, l’analyse technique semble plutôt engendrer des gains.
Les chartistes s’orientent sur l’évolution des cours et d’autres indicateurs issus du passé tels le volume des échanges, le rythme d’une hausse des prix et des figures chartistes typiques (voir graphique, point 6) . Ils en déduisent leurs pronostics pour l’évolution des cours. A en croire la théorie, la plupart des informations sur les tendances futures boursières se cachent dans les cours d’antan; il suffit de savoir les déchiffrer.
La clé se trouve souvent dans les figures chartistes du passé. D’après les analystes techniques, c’est logique puisque les hausses et les baisses boursières interviennent suivant des modèles psychologiques toujours identiques.

Références. Reste la question incontournable: quelle figure chartiste du passé constitue le bon modèle de référence pour la situation actuelle? C’est là que les avis de Brian Whitmer et de Philipp Jäggle divergent. Le premier compare la situation actuelle avec celle des années 1930, donc au temps de la crise économique mondiale marquée par de multiples effondrements de la Bourse .
En revanche, Philipp Jäggle prend pour référence l’an 2004. Cette année-là aussi, il y avait eu une rapide montée des cours dès mars 2003, puis la tendance à la hausse s’était étiolée en 2004 avant que d’autres plus-values ne suivent. «Il serait naïf de croire que l’augmentation continuera au même rythme rapide qu’après mars 2009», avertit Philipp Jäggle. Pour lui, la tendance haussière actuelle est déjà interrompue.
Les tendances naissent entre autres du fait que personne ne connaît la valeur effective d’une action ou de tout autre instrument financier. «C’est pourquoi les investisseurs se règlent les uns sur les autres. C’est comme si un groupe de personnes se perdait dans la jungle: il suffit qu’il y en ait une qui parte dans une direction pour que tous les autres la suivent, sans savoir où elle va», illustre Brian Whitmer.

évolution. Les tendances sont souvent décelables dans les graphiques de cours avant qu’elles n’aboutissent. Elles peuvent durer des semaines, voire des mois ou des années. «C’est dû au fait que les investisseurs préfèrent acheter des titres gagnants que des titres perdants», explique Philipp Jäggle. C’est-à-dire que les cours des actions gagnantes sont poussés à la hausse le plus longtemps possible.
A cela s’ajoute que les restructurations fondamentales se produisent le plus souvent de manière progressive, parce que des groupes d’investisseurs différents ne réagissent pas avec la même promptitude à des changements fondamentaux. Prenons pour exemple l’évolution de l’euro face au franc suisse: les investisseurs agiles et avisés – souvent des hedge funds – sont les premiers à vendre de l’euro et à acheter du franc. Puis d’autres investisseurs remarquent ce mouvement. La faiblesse fondamentale de l’euro et la force du franc deviennent alors de notoriété publique.
Tous les investisseurs ne peuvent pas réagir pour autant. Bien des institutionnels, notamment les caisses de pension, doivent faire approuver par leurs organes statutaires les décisions d’investissement importantes, ce qui peut prendre du temps. Entre les plus rapides et les plus lents, il peut s’écouler des mois. Il faut donc beaucoup de temps pour identifier une tendance, investir en fonction et gagner de l’argent.
Du fait de la lenteur de ces restructurations, beaucoup d’analystes chartistes observent les tendances relatives. C’est ce que fait par exemple Alfons Cortés, à la tête de sa propre société, Unifinanz Trust. Ces temps, outre la tendance caractérisant le rapport euro/franc, il en distingue un dans l’indice allemand DAX. «Depuis mi-mars, le DAX se détache par rapport au SMI. La baisse du cours de l’euro renforce les industries allemandes d’exportation comme Siemens, Daimler et le producteur de spécialités chimiques Lanxess.»

émotionnel. En plus des tendances absolues et relatives, les analystes techniques surveillent aussi l’état émotionnel des investisseurs. «S’ils se montrent très positifs, c’est le moment de vendre», affirme Brian Whitmer. L’or est le meilleur exemple: plus de 90% des analystes, des investisseurs et des courtiers interrogés par Bloomberg s’attendent à ce que le cours du métal jaune continue à croître. Malgré une tendance claire, Brian Whitmer déconseille d’investir dans l’or.
Suivre un tel conseil à propos de l’or est actuellement d’autant plus difficile que, dans la psychologie populaire, tout plaide en sa faveur. Pour résister à cette pression psychologique, l’analyse technique est d’un grand secours. Les moyennes glissantes peuvent inciter les investisseurs à investir de manière disciplinée, y compris à l’encontre de leurs propres émotions. Ceux qui, au cours des dix années écoulées, se seraient conformés aux signaux d’achat et de vente en moyenne glissante sur 200 jours auraient réalisé une super affaire .
Dans un article de fond sur l’analyse technique écrit pour la division private banking de Credit Suisse, Rolf Bertschi explique combien il est difficile d’obéir à de tels signaux. Chef de l’analyse technique globale de CS, il montre par un graphique comment la psychologie de la Bourse mène les investisseurs par le bout du nez et les incite trop souvent à acheter quand les cours sont à leur plus haut et à vendre quand ils sont au plus bas.
Auteur de l’ouvrage à succès Le Cygne noir – la puissance de l’imprévisible , Nassim Nicholas Taleb explique à l’aide d’une parabole comment les investisseurs se comportent, émotionnellement, de manière erronée. Un dindon est alimenté pendant mille jours. Tous les jours, un homme vient lui donner à manger. Au début, le dindon est encore farouche puis, de plus en plus, il se laisse amadouer et se persuade que l’homme ne lui veut que du bien. Le mille et unième jour, le dindon est plus convaincu que jamais qu’il va recevoir à manger. Mais il reçoit tout autre chose. C’est justement au moment où il se sent le plus sûr que le pire se produit pour lui: il passe à la casserole.
Il en va de même pour les investisseurs. Plus les cours montent, plus ils sont convaincus que cette ascension durera. Et quand leur confiance et leur conviction sont à leur comble, survient souvent le moment le plus terrible. En ce qui concerne l’or, il se pourrait bien que le moment le plus bête arrive bientôt. ?
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